Extrait du Bulletin de l’U.F.C.Que Choisir Caen Juillet 2008 - n0 128


Vente liée ordinateurs – logiciels



Le 30 avril dernier, le Tribunal de Proximité de Caen a rendu son jugement dans l’affaire qui opposait un particulier R. Hordoir, au grand constructeur mon­dial d’ordinateurs Asus. Ayant exploité la possibilité, peu connue, de refuser au démarrage de l’ordinateur le contrat de licence qui autorise et régit l’usage des logiciels, le client entendait obtenir le remboursement des logiciels non utili­sés, en particulier du système d’exploi­tation Microsoft Windows.


En quelques mois, c’est la quatrième victoire2 d’un particulier dans ce genre de dossier, dit de la « vente liée», l’ori­ginalité résidant dans la réaffirmation par le juge du droit et de la liberté du client «d’adhérer à tel ou tel système d’exploitation ou d’utiliser d’autres licen­ces et logiciels que les systèmes et logi­ciels installés par [le constructeur] sur ces ordinateurs.


L’association Calvix (Association des utilisa­teurs de Linux et des logiciels libres du Cal­vados) et l’UFC Que Choisir de Caen se féli­citent de cette position qui vient conforter les conseils donnés dans un «Guide du Rem­boursement3 », édité par l’équipe de « Halte aux Racketiciels » et dont M. Hordoir est justement un des rédacteurs.


La pré-installation des lo­giciels : l’absence de liber­té du consommateur


La situation est tellement habituelle qu’on n’y prête plus attention. L’achat dans la distribution courante d’un ordi­nateur neuf s’accompagne de celle d’un ensemble de logiciels dont le principal, le système d’exploitation Windows de Microsoft. Cette pratique, dite de la vente liée, qui cache au consommateur le coût des logiciels estimé entre 15 et 25% du prix d’achat, se caractérise par une absence de choix du consommateur et une atteinte grave à la concurrence puisqu’elle entretient essentiellement le monopole de Microsoft.


Si disposer d’un ordinateur prêt à l’em­ploi est un élément appréciable pour de nombreux clients, il n’en est pas néces­sairement de même pour tous. Et il n’y a pas que le cercle — de plus en plus large — des utilisateurs de logiciels li­bres qui refusent de payer 100 ou 200 euros pour des logiciels non souhaités.


Sont aussi concernés les utilisateurs de Windows qui, disposant d’une licence élargie, pourraient l’installer sur leur machines successives. Les critiques, voire le rejet dont a fait l’objet le der­nier Windows Vista, montrent que la question vaut d’être posée et que la vente par millions d’exemplaires de ce système d’exploitation tient sans doute d’abord à son caractère contraint.


Des pouvoirs publics com­plaisants, des consomma­teurs remontés


Si on commence à s’alarmer, au niveau européen, du coût économique et tech­nologique de l’absence de concurrence du fait de la vente liée4, les gouverne­ments français successifs depuis une dizaine d’années ont été d’une passivité inquiétante. Se retranchant derrière l’intérêt du consommateur à disposer d’une machine prête à l’emploi, ils ne veulent pas entendre que d’autres solu­tions sont techniquement et économi­quement possibles et simples à mettre en oeuvre comme par exemple l’achat séparé des logiciels sous forme d’un code d’activation5.

Face à cela, le groupe «Halte aux Rac­keticiels», a lancé en 2006 une péti­tion6 qui approche les 30000 signatures sans couverture média particulière en dehors de la presse Internet. De son côté, fin 2006, I’UFC Que Choisir a saisi la justice7 pour voir condamner HP, Dar­ty et Auchan sur le fondement de la violation de l’article L122-1 du code de la consommation qui prohibe le fait de subordonner la vente d’un bien (l’ordinateur) à un service (les logiciels).


Le constructeur refuse le remboursement qui s’im­pose à lui en toutes lettres


Le cas de M. Hordoir est exemplaire et concerne la possibilité de refuser les contrats de licences au démarrage de l’ordinateur. En effet, pour être valable­ment opposable au client, comme tout contrat, la licence doit faire l’objet de son accord. Or, il est expli­citement écrit qu’en cas de refus, le client doit se retourner vers le constructeur pour obtenir le rembourse­ment des logiciels non utilisés. Se basant sur les prix publics des licences type OEM9 comme celles qu’on trouve sur les ordina­teurs neufs, M. Hordoir demandait 150 euros.


Asus, tout en reconnaissant son obliga­tion de remboursement entendait la subordonner à une demande faite dans les 7 jours, au retour du matériel dans ses ateliers pour désinstallation des logiciels avec une prise en charge par le client des frais d’envoi et de réexpédi­tion, pour un remboursement final de 25 euros !


Le dossier étant bloqué malgré l’inter­vention de I’UFC Que Choisir et du conciliateur de justice, il ne restait plus à M. Hordoir qu’à s’adresser à la justice, laquelle constate aujourd’hui logique­ment l’intention claire du constructeur de décourager toute demande de rem­boursement.


Le juge réaffirme la liberté du client de choisir ses lo­giciels


Le juge ajoute que, ce faisant, le cons­tructeur viole le droit et la liberté du client «d’adhérer à tel ou tel système d’exploitation ou d’utiliser d’autres li­cences et logiciels que les systèmes et logiciels installés par [le constructeur] sur ces ordinateurs» et que sa procé­dure «paraît inadéquate et peut donc s’apparenter à de la vente subordon­née ou liée».


L’association Calvix, l’équipe de Halte aux Racketiciels et I’UFC Que Choisir se réjouissent d’une telle décision sur laquelle elles pourront s’appuyer contre l’attitude des constructeurs en­core opposés à toute idée de rembour­sement ou qui exigent une restitution complète, matériel et logiciels, au tra­vers d’une rédaction abusive des contrats de licence.


Au final, M. Hordoir, obtient 100 euros pour Windows, 30 euros pour les au­tres logiciels, ainsi que 150 euros au titre des frais occasionnés par la pro­cédure. À terme, devant la multiplica­tion des procédures et des condamna­tions, les constructeurs pourraient bien être amenés à revoir leur organisation et leurs pratiques pour enfin offrir, dès l’achat, la liberté de choix à leurs clients.


Références:

1 : Jugement Hordoir-ASUS du 30 avril 2008 http://www.aful.org/media/document/Jugement-Hordoir-ASUS-20080430.pdf


2 : jurisprudence en matière de rembourse­ment: http://www.racketiciel.info/documentation/droit


3 : Guide du remboursement http://racketiciel.info/


4 : Recommandation du Globalisation Insti­tute (Bruxelles, 2007) : coût de la vente liée et intérêt de délier

http ://www.racketiciel.info/documentation/autres-organismes/recommandation-globalisation-institute-2007


5 : Groupe de travail Halte aux Racketiciels Qu’est-ce que l’optionalité ?

http://www.racketiciel.info/situation/nos-­demandes


6 : Pétition «Non aux racketiciels» http://www.racketiciel.info/petition/


7 : UFC-Que choisir 14/12/2006 : L’UFC atta­que HP, Auchan et Darty